Archive - septembre 2014

Une journée avec Seri

_DSC4635 (2)

Jeudi 11 septembre – oui oui, je sais, je ne suis pas vraiment régulier dans l’écriture des articles, mais qui peut nous en vouloir de préférer passer du temps dehors plutôt que derrière un écran ?

Ca y’est, BenJ et Jo nous ont quitté pour aller faire un petit tour dans les iles paradisiaques du sud de la Thaïlande avant de décoller pour l’Australie. C’est avec un petit pincement au cœur que je les regarde s’éloigner en taxi boat. J’en sortirai presque mon mouchoir tiens ! Enfin si j’en avais un.

Je quitte le ponton en longeant le fleuve Chao Praya et prends le chemin du Flapping Duck pour y rejoindre ma douce, en prenant le temps de flâner dans le parc qui jouxte notre guesthouse, où cours de cardio training côtoient répétitions de danse pour les uns, tai chi pour d’autres, ou encore parents profitant des derniers rayons de soleil pour laisser leurs enfants se défouler joyeusement à coups de cabrioles dans l’herbe rase. C’est la première fois que je me sens aussi serein et détendu dans un endroit bouillonnant d’activités.

Vingt heures passées. Petite soirée tranquille en prévision. Demain on n’oublie pas de se lever car c’est une journée importante pour Amandine : ses tous premiers pas dans le monde du tatouage ! Eh oui, car ma petite femme souhaiterait mettre son coup de crayon aguerri au service de votre peau mesdames et messieurs ! Mais dans un premier temps il faut en passer par un sérieux apprentissage du matériel, des règles d’hygiène, et des différentes techniques de tatouage. Et quoi de mieux qu’un véritable tatoueur pour vous apprendre tout ça ?
C’est pourquoi Seri, l’artiste tatoueur rencontré quelques jours plus tôt au Flapping Duck, nous a de lui-même proposé de nous montrer, si ce n’est la technique, tout au moins le matériel et les mesures hygiéniques à prendre pour faire de votre peau une véritable œuvre d’art, et non un nouveau lieu à la mode pour staphylocoques dorés et autres joyeusetés ! Car ceci est un rappel pour celles et ceux qui désirent un jour orner leur épiderme de motifs divers et variés : toujours faire attention à l’hygiène dont fait preuve le tatoueur et, par la suite, vous-même. Se faire encrer la peau n’est pas anodin et j’en ai souvent croisé ici des personnes qui, avec trois grammes dans le sang, se font tatouer tout et n’importe quoi dans des conditions plus ou moins douteuses, et qui le jour suivant se vautrent sur la plage, alternant bains de mer et de soleil…

Bref ! Nous voici donc le lendemain, onze heures, à attendre notre pote Seri en sirotant un shake à la carotte – une pure merveille d’ailleurs – et vu comme les minutes s’égrainent, on en déduit qu’il a dû bien bringuer la veille au soir et que l’on n’est pas prêt de le voir débarquer. Mais bon, on est mal placé pour le lui faire remarquer lorsqu’il arrive près d’une heure plus tard. Et, comme beaucoup de jeunes thaïlandais que nous rencontrons, il s’excuse de n’avoir pu se lever à l’heure pour cause de picole excessive et tardive.
Passées les diverses formules de politesse concernant nos nuits respectives, mais sans aller jusqu’à parler de notre caca du matin, nous nous mettons en route à la suite de Seri, qui sera notre guide pour la journée. Se joint à nous in extremis une jeune française, Kalvine, résidente du Flapping Duck pour une semaine environ, une routarde arrivant au terme de ses dix mois de voyage.

Notre aventure du jour débute par la traversée du quartier de Khao San en empruntant de petites ruelles couvertes et sombres, exemptes de touristes qui ne s’aventurent pas jusque-là tant boutiques et bars sont peu représentés. Le soleil est des plus ardent aujourd’hui et nous bénissons ces passages de nous protéger de l’insolation. Bénédiction devenant juron lorsque nous débouchons dans une rue en plein cagnard… Mais ne sommes-nous pas venus ici en partie pour faire le plein de vitamine D ? Alors on la ferme et on avance, en disant « merci Soleil pour ton bain quotidien ! », ou presque…

A peine en marge des rues touristiques, c’est dans un microcosme bouillonnant d’activités que nous débarquons. Entrepôts, grossistes, vendeurs de denrées alimentaires diverses et variées, tout ce petit monde s’active sous un soleil de plomb. La plupart des regards que nous surprenons semblent s’interroger de notre présence en ces lieux. Mais très vite ils se désintéressent de nous pour retourner à des occupations bien plus captivantes.
Quelques dizaines de mètres plus loin, Seri nous fait patienter devant une boutique fermée à double tour, en attendant que la gérante finisse de manger. Nous en profitons pour baver devant sa vitrine, derrière laquelle sont exposées plusieurs machines destinées au tatouage. Amandine retient difficilement son excitation lorsque la porte s’ouvre enfin et que l’on nous invite à entrer.
A l’intérieur, des étagères métalliques plaquées aux murs, sur lesquelles s’empilent des dizaines d’emballages en carton de différentes tailles, contenant fils électriques, pièces détachées, encres, capsules, etc. En somme, l’équipement du parfait petit tatoueur !

Très vite, Seri entre dans le vif du sujet en expliquant à la personne qui nous accueille le projet d’Amandine de devenir tatoueuse. Tout en parlant, il farfouille à droite, à gauche, à la recherche des premiers éléments constituant la future panoplie de ma p’tite femme. En partie du « made in china », certes, mais ça coute moins cher, à défaut de durer longtemps… Par contre, en ce qui concerne la machine elle-même, c’est une toute autre histoire ! On veut du solide !
Je les laisse à leur parlotte et tests divers concernant le matériel, et m’attarde sur ce qui m’entoure. J’ai les yeux qui brillent à la vue de toutes ces pièces détachées qui ornent les étagères, tel un gosse lâché dans un magasin de jouets, un érudit dans une librairie, un bricoleur dans une quincaillerie, une fashionista au Printemps – bien que ça je n’en ai jamais fait l’expérience. Bref, vous m’avez compris, je suis tout fou et je suis à deux doigts de me constituer également une panoplie lorsqu’Amandine repère mon petit manège et met rapidement le holà…

-          Repose la machine chéri…

-          Mais euh, ce serait trop cool que j’apprenne aussi, nan ?! Hein, dis ?!

-          Tu pourras utiliser la mienne si tu veux essayer

-          Ouais mais ce n’est pas pareil, tu comprends, c’est la tienne et je ne voudrais pas l’abimer

-          C’est vrai que je m’en prendrais bien une aussi – Kalvine intervenant pile poil au bon moment !

-          …

-          Seri ? Ça se prête une machine ?

-          Non, le réglage est en fonction du tatoueur, donc ça peut varier d’un artiste à l’autre.

Ha haha, je le kiffe ce Seri, il a beau m’avoir timidement répondu, dans un anglais néanmoins impeccable, c’est quand même en faveur de mes arguments pour me procurer un nouveau jouet !

-          Tu vois p’tit bout ?! Seri dit que c’est mieux de ne pas la prêter

-          Chéri… – et là j’ai droit au regard spécial : arrête de faire ton gamin – on coupe la poire en deux : on ne prend qu’une panoplie, tu testes, et si ça te plait on reviendra t’en acheter une. Ça te va ?

Bigre ! Elle m’a eue sur ce coup-là …

-          Humm ouais, bon, c’est vrai que ce n’est pas bête… On fait comme ça alors !

Et comme pour confirmer ses dires, je ne testerai sa machine que deux semaines plus tard, sans que ce soit une révélation pour moi…

Pas loin d’une bonne demie heure plus tard, nous quittons la boutique climatisée pour replonger dans la chaleur assommante du début d’après-midi, avec pour objectif de rejoindre un des principaux hôpitaux de Bangkok, celui-ci abritant le musée de l’anatomie.

-          Vous voulez manger avant d’y aller ?

-          Euh je ne sais pas Seri, on va y voir quoi exactement ?

-          Des trucs trop cools ! En gros y’a des gens découpés en lamelles, placées entre deux plaques de verre. Il y a aussi des écorchés conservés dans du formol, des squelettes, et même des fœtus dont on peut voir l’évolution de 1 à 6 mois !

-          Euh… Ça m’dit bien de manger après plutôt, hein… Vous en pensez quoi les autres ?

Amandine a la dalle, mais elle s’en fout un peu, elle a son nouveau jouet.
Kalvine, elle, tourne déjà à moitié de l’œil en écoutant Seri parler de toutes ces joyeusetés qui nous attendent. Visiter ce genre de musée après trois heures de sommeil, et une bonne gueule de bois, n’est pas selon elle la meilleure des idées… Mais elle se laisse rapidement persuader, non sans une moue un peu sceptique.
Et c’est comme ça qu’une petite heure plus tard, on se retrouve face à des vitrines qui au premier coup d’œil semblent ragoutantes, mais qui nous fascinent à mesure que nous les découvrons. Et même Kalvine, avec son mouchoir sur la bouche et ses relents, ne peut se contraindre à détourner le regard. Il y a de tout, de l’évolution du squelette humain au cours d’une vie, en passant par le système nerveux et veineux, jusqu’aux « freaks » conservés dans des bocaux de formols : de pauvres enfants siamois et/ou difformes.

-          On peut prendre des photos, Seri ?

-          Oui oui, pas de problème, vas-y.

-          Okay cool !

Je m’en donne donc à cœur joie, sans penser une seule seconde au fait que ce sont des cadavres derrière ces plaques de verre.
Je ne pense pas que ce soit de la fascination morbide ; je déteste par exemple m’arrêter pour voir dans quel état sont les victimes d’un accident, et suis encore moins attiré par la vidéo d’un pauvre homme se faisant décapiter… Mais si l’on veut parler de fascination, c’est en partie envers ce que nous sommes au final : simplement de la chair, des os et des signaux électriques. Et sur ce que l’on aspire presque tous à être : autre chose que juste ça… Mais en prendre conscience est une très bonne chose. Enfin, c’est mon avis.

-          Euh Seri ?

-          Oui ?

-          Le panneau là, c’est bien ce que je pense ?

-          Ah… Oui… Bon, bah range ton appareil photo alors…

On range tous les deux notre appareil photo et nous dirigeons vers la sortie avec un air de fautif, sans oublier de laisser quelques bahts dans la caisse des donations pour s’excuser de ne pas avoir respecté les consignes. Oups…

Le reste de la journée sera plus soft en continuant par un japonais afin de combler le trou béant qui s’est installé en place de notre estomac. Et nous finirons celle-ci au salon de tatouage de Seri, afin de dispenser un cours de base à notre future artiste tatoueuse. La machine est lancée !

 

Art in Paradise

Petite ballade de 3h dans un musée d’illusions d’optique aux abords de la vieille ville, a Chiang Mai. Je sens qu’on y retournera faire d’autres photos encore ^^

Une ballade à Bangkok !

_DSC4661 (2)

« On fait quoi demain ? » me demande ma chère et tendre.
Je lui expose mon petit programme, à savoir : aller faire un tour à l’ambassade de France pour renouveler mon passeport – oui je me suis dit que l’administration en France c’était bien trop simple, donc autant la tester a l’étranger… – rendre visite à Seri, un tatoueur que l’on a rencontré la veille, et ensuite accompagner BenJ et Jo pour visiter les principaux lieux touristiques de Bangkok.

« Donc faut se lever super tôt pour faire tout ça ! ».
C’est vrai que dans l’idéal, le mieux serait de se mettre en branle vers huit heures du matin. On se fait l’ambassade pendant que BenJ et Jo émergent tranquillement, on enchaine par le tatoueur et on les rejoint pour manger vers midi. Sur le papier le plan est parfait !

Le lendemain matin, j’ouvre la porte de notre chambre suite au réveil brutal provoqué par un « toc toc » contre celle-ci. Au travers de mes paupières encore à moitié collées, je distingue une vague silhouette orange dans la clarté éblouissante du jour, surmontée d’une impressionnante touffe de cheveux.

-          Vous bougez avec nous ou pas ?

Je réponds d’un « hein ? » très vite interrompu par un bâillement sonore.

-          On va prendre un p’tit dej et ensuite on va se balader. On vous attend ?

-          BenJ ?

-          Oui…

-          Merde ! Mais il est quelle heure-là ?!

-          Euh dix heures passées

-          Et meeeerde ! Amandine ?!!!

-          Hmmm ?

-          On se bouge ! On s’est foiré sur le réveil !

-          Ah meeeerde !

Petit sourire en coin de BenJ. « On se rejoint en bas dès que vous êtes prêts » me dit-il avant de dévaler les marches qui mènent à notre chambre.
Je referme la porte des Enfers sur moi et on active le mode « tornade » pour se préparer. On est rapidement sur les starting block, près au départ, vêtus de fringues complètement froissées et les cheveux en bataille. Vous noterez que le mode « tornade » n’a pas que du bon !

Je reviens rapidement sur cette « porte des Enfers » car j’ai complétement oublié de vous préciser dans le billet précédent que notre chambre est une petite pièce toute simple de 2m50 sur 2m, dont le plafond est orné d’une espèce de vieille tapisserie en corolle, retenue en son centre par un lustre qui diffuse une lumière rouge digne d’un bon film d’horreur, ou de cul, ou les deux… Pour ce qui est de la clim, heureusement qu’il y en a une car on étouffe littéralement lorsque celle-ci n’est pas enclenchée, ce qui se produit inévitablement lorsque nous allons nous coucher. Ce serait quand même couillon de tomber malade dès les premiers jours ! Le sommeil n’est donc pas des meilleurs, mais on s’en accommode. Zeeeeen ! Et ce n’est pas une joyeuse fêtarde venue soulager son estomac devant notre fenêtre au beau milieu de la nuit, et qui n’est donc plus si joyeuse que ça, qui va pouvoir gâcher notre séjour au Flapping Duck !

Bref ! Ce petit interlude terminé, revenons à notre histoire principale : une balade à Bangkok !
On rejoint donc nos deux compères sur Khao San Rd, un peu plus tard que prévu. A croire que le décalage horaire et le manque de sommeil nous ont inscrits dans un espace-temps totalement différent du leur ! A notre arrivée nous les surprenons en pleine discussion avec un chauffeur de tuk tuk qui semble leur vanter les mérites d’un tour extraordinaire.

-          20bahts chacun qu’il demande le monsieur pour nous conduire sur 5 des principaux lieux touristiques de Bangkok.

-          Ça m’parait vraiment pas beaucoup ça BenJ, y’a hippopotame sous caillou, comme dirait Cleo. Tu ne crois pas ?

-          Ouais c’est sûr, mais bon, pour 20bahts on peut toujours tenter…

-          Ok mais à mon avis on va devoir payer une fois arrivé sur les sites !

-          Nan nan, apparemment c’est Buddha Day aujourd’hui et tous les temples sont gratuits.

-          Ah… humm… Bon. Eh bien allons-y alors !

Nous voici donc répartis dans deux tuk tuk différents, deux personnes seulement pouvant s’installer à l’intérieur. BenJ et Jo dans l’un, Amandine et moi-même dans un autre. Au programme : visite du Wat Inthawarihan avec son Bouddha debout, suivi d’un autre temple dont j’ai oublié le nom – faut dire qu’il y en a beaucoup ici – puis le Wat Pho et son célèbre Bouddha couché. La visite se poursuivra par la découverte du temple de l’Aube, le Wat Arun, pour finir sur les klongs et leur marché flottant.

Mais avant toute chose, on a faim ! Eh oui, ça creuse de dormir ! Première étape donc : un petit boui boui où manger un bon pad thaï pas cher.

Nos instructions données aux chauffeurs, on se faufile au travers de la dense circulation de Bangkok et nous arrêtons une dizaine de minutes plus tard devant… un restaurant avec une belle devanture en bois, dans une petite ruelle plutôt calme. Au menu : des plats plus alléchants les uns que les autres, mais dont les prix le sont beaucoup moins…
On explique de nouveau aux chauffeurs notre désir de manger dans un petit boui boui, et c’est non sans mécontentement de leur part que nous voici reparti, filant à tout berzingue dans les méandres de la circulation au doux son du klaxon de notre tuk tuk. Finalement ils nous posent devant le Wat Inthawarihan, entouré de marchands ambulants au milieu desquels on trouve quelques tables pour s’installer et manger un délicieux pad thaï pour une quarantaine de bahts.

On pénètre ensuite dans le temple pour découvrir un Bouddha debout d’une hauteur de trente-deux mètres sur dix de large, recouvert de mosaïques et d’or 24 carats. Bon, mise à part ça, pas grand-chose d’autre à voir et il est temps de retrouver nos tuk tuk pour mettre les voiles et faire cap vers notre second temple. Et c’est là que ça commence. L’arnaque se met doucement en place. On la sent venir, mais elle nous semble tellement douce qu’on se laisse bercer et que nous l’acceptons tout naturellement.

Et voici en quoi elle consiste : les chauffeurs souhaitent faire un détour par l’office de tourisme. Nous n’avons rien à acheter, il nous suffit juste d’entrer à l’intérieur, de discuter cinq minutes avec les gars et de repartir, tout simplement. Cette astuce leur permettant de recevoir de l’essence gratuite.
C’est ainsi que l’on se retrouve quelques instants plus tard devant un petit vieux qui nous parle de football et autres choses auxquelles on ne comprend pas tout, avant d’être face à un autre interlocuteur a qui nous parlons de notre désir de nous rendre à Chiang Mai. On est à fond dans notre rôle et on s’y tient ! Il essaie bien entendu de nous vendre des billets de bus, mais nous déclinons poliment prétextant que nous reviendrons plus tard lorsque nous serons décidés. L’échange n’aura pas duré plus de dix minutes et nous nous retrouvons de nouveau en compagnie de nos chauffeurs qui nous réserve une nouvelle surprise…

-          On est deux tuk tuk. L’office du tourisme, c’était pour aider votre chauffeur, mais maintenant il faut m’aider.

-          Ah…

-          C’est pas loin, juste une visite chez un tailleur pour avoir mon essence gratuite.

-          Ah…

-          Vous n’avez rien besoin d’acheter !

-          Ah… Bah tant mieux, car on n’a pas vraiment la tronche à porter des costumes… – même si je dois avouer que l’on aurait trop la classe !

Et c’est ainsi que nous faisons une nouvelle entorse à notre programme et acceptons de nous laisser mener chez ce tailleur.
Nous pénétrons à quatre de front dans le magasin. Autant vous dire qu’on aurait pu avoir la classe comme dans Armageddon, le film avec Bruce Willis, si nous ne ressemblions pas à des plagistes du dimanche en short et tongues de toutes les couleurs ! Et à vrai dire, on fait même un peu tache dans ce lieu où tout le monde est tire à quatre épingles. Mais bon, on s’en fout, on est des touristes non ? Et les vendeurs aussi n’en ont cure, puisque seule la couleur de notre argent les intéresse, et non celles dont nous sommes affubles… Les voilà donc qui s’empressent de venir à notre rencontre, telles des fourmis à l’assaut d’un morceau de sucre – je préfère cette métaphore a celle de la merde et ses mouches, par respect pour notre petite personne. Ils sont déjà en train de sortir mètre ruban et tissus pour prendre nos mesures, qu’Amandine, ma chère et tendre, met le holà et joue la franchise après un énième « No check ! Just buy ! »:

« Bon écoutez, concrètement on éprouve aucun intérêt à être ici, on rend juste service à notre chauffeur de tuk tuk pour qu’il ait son essence gratuite »

Autant vous dire que cela n’a pas vraiment plu à l’un de nos vendeurs, qui s’est de suite énervé et a braqué deux de ses doigts sur le front d’Amandine et lui a répondu d’un :

« De toute façon c’est pas comme si je te braquais avec un flingue en te demandant d’acheter hein ?! »

Bon alors là, bizarrement, l’atmosphère s’est faite un peu plus froide et on s’est dit qu’il était peut-être temps d’y aller. Mais on a voulu se la jouer un peu branleur, donc on a bien pris notre temps pour visiter un peu plus la boutique, en se dirigeant d’un pas nonchalant vers la sortie.

Une fois de retour dans la moiteur extérieure, nous expliquons à nos chauffeurs que maintenant c’en est fini de leurs conneries et que l’on veut faire la suite de ce pour quoi nous n’avons pas encore payé ! Bien évidemment on y met plus de formes et de sourires, mais notre message est passé.
Nous voici donc une fois de plus en train de naviguer dans le flot de la circulation qui se fait plus dense à mesure que l’après-midi s’étire. Mais cela ne dérange pas trop notre chauffeur qui fait fi de tout code de la route et préfère rouler sur l’autre voie, celle où il y a moins de monde, mais surtout celle où la circulation se fait à l’inverse !
On se retrouve peu de temps après devant un temple qui ne paye pas de mine mais dont les jardins nous offre une quiétude bien méritée.

-          20 bahts s’il vous plait !

-          Hein ? Mais ce n’est pas Buddha Day aujourd’hui ? On nous a dit que c’était gratuit…

-          Hein ? Ha non non, c’est 20 bahts par personne.

Notre interlocuteur ne sourit même pas, tant il doit avoir l’habitude de ces étrangers qui se font arnaquer…
Nous nous acquittons donc de notre dû, faisons le tour de proprio, et direction la sortie pour reprendre le cours du programme.

-          Euh… Ils sont où les tuk tuk ?

-          Je sais pas, ils nous attendaient de ce côté il me semble, me répond BenJ.

-          Humm… non plus, j’crois qu’on l’a dans l’os les p’tits loups !

-          Vous cherchez quelqu’un ?

-          Bonjour Monsieur ! Oui, nos chauffeurs devraient se trouver là où nous nous tenons, mais j’ai beau lever les pieds je ne vois rien…

Il éclate de rire, non à cause de ma blague, mais plutôt en réponse au tour que nous ont joué nos chauffeurs. Il nous explique alors que nous venons d’être victime d’une arnaque plutôt commune à Bangkok et nous demande combien on a déboursé pour se retrouver planté là comme des couillons. On lui répond que cela ne nous a pas couté un baht puisque nous avions convenu de ne payer qu’à la fin du tour, hormis le temple que nous venons de visiter bien sûr, mais à priori ce n’est pas de l’argent qui se retrouvera dans leur poche !
Notre interlocuteur, qui ne perd pas le nord, nous propose alors de nous emmener au Wat Pho moyennant 20 bahts chacun, et sans passer par la case arnaque. Nous lui faisons donc confiance et il nous dépose effectivement devant le temple du Bouddha couché une quinzaine de minutes plus tard.

On terminera notre journée par des petites visites à notre rythme et en ne prenant que les transports en commun tel le bateau bus, dont l’un des arrêts se trouve non loin de notre guesthouse, ou bien nous compterons sur nos jambes seulement qui, elles, ne nous demandent rien en échange. A part un petit massage peut-être ;)

Chiang Mai

Bangkok

Interlude culinaire

Scorpion pour l’un, gemini cricket pour l’autre, on a gouté presque tout ce que l’on a trouvé sur un marché de Khao San. Par contre les araignées on a pas pu ^^;

Scorpion pour BenJ qui était impatient d’en déguster un.

Assiette de friandises pour continuer.

Ca y’est :D

_DSC4576 (2)

Lundi 8 septembre, 11h, décollage immédiat!

J’ai toujours une appréhension grandissante à mesure que l’avion prend de la vitesse pour décoller. Toutes sortes de pensées macabres fusent au travers de ma petite tête, provoquant sueurs froides et boule au creux de l’estomac. Je pense que c’est surtout la perte de contrôle qui me met dans cet état. Faire face à une situation imprévue et en attendre la finalité dans une totale impuissance…
Mais cette fois-ci que nenni mesdames et messieurs! Le but de ce voyage est de justement lâcher prise, de se dépêtrer de ce carcan qui nous étouffe tant!
Ce fut donc un vol impeccable, et même les turbulences, ou encore les pleurs d’un petit bout de chou, n’ont pu entamer ma zen attitude.
Mention spéciale aux employés de l’aéroport de Doha, où nous avons fait escale, pour leur gentillesse.

13h30 le lendemain. Ça y’est! On est dans la place! Enfin! On en aurait presque une petite larme a l’œil, mais c’est le sourire béat qui prévaut à cet instant précis. Car même si on ne se rend pas vraiment compte encore de l’aventure qui nous attend, on est heureux de la vivre. Et ça commence par chercher un moyen de se rendre à notre guesthouse où nous devons passer la nuit, dans le quartier de Khao San Road, en plein cœur de Bangkok.

- T’es crevée? Tu veux qu’on prenne un taxi?
- Nan nan, ca va. Et toi? T’es crevé? On peut peut-être prendre un bus?
- Hmmm…

Nous voici donc confronté au premier problème du « lâcher prise » : l’indécision. Que faire? Comment le faire? Etc. Autant de questions qui semblent n’avoir aucune réponse… Bon allé, décision : on prend le métro et ensuite on marchera jusqu’à la guesthouse.
On descend donc à la station Phaya Thai, qui selon notre plan ne semble pas si loin du lieu où l’on doit se rendre, et on entame notre marche. Mais, boulet que je suis, je n’ai pas pris la peine de jeter un œil à l’échelle du plan… Après une heure de marche en plein cœur de la pollution – qui n’a strictement rien à voir avec celle que l’on peut rencontrer sur Paris tant c’est irrespirable – et nos 12kg sur le dos, on fini par se dire que cette petite marche n’était peut-être pas une si bonne idée que ça.

- Rien à foutre! On est des warriors et c’est notre premier défi!
- Mais euh t’es sure de ton coup Amandine? On est encore loin là, tu veux vraiment te taper toute cette route a pieds?
- Un peu qu’je veux! Allé zou, avance!

Je ne me le fais pas dire deux fois et me remets illico presto en route, non sans lui avoir proposé de la décharger d’au moins un de ses deux sacs. Mais le regard qu’elle me lance me fait vite comprendre que ce n’est même pas la peine d’insister… Pfiouuuu c’te femme, j’vous jure, une vraie teigne!
Histoire de vérifier qu’on est bien dans la bonne direction, je demande mon chemin à un thaïlandais qui attendait son bus. Il parle aussi bien l’anglais que moi le thaï. En conséquence l’échange est plutôt folklorique et je crois comprendre qu’il me conseille d’aller voir le poste police un peu plus loin. Nous le remercions dans sa langue avec un bon accent parisien et reprenons notre route.
A défaut de police, on tombe sur la caserne des pompiers. On ne se comprend pas mieux et on s’apprête donc à les remercier tout en s’éloignant lorsque surgit de derrière nous la personne qui nous avait conseillé de demander notre chemin au poste de police. On assiste alors à des échanges de rires et sourires entendus qui nous laissent perplexe. Les pompiers nous enjoignent ensuite à suivre ce monsieur.
« Serait-on en train de se faire arnaquer? » me demande le regard d’Amandine. Je lui réponds d’un pet de bouche, lui signifiant que je n’en ai aucune idée et que l’on verra bien. Son petit sourire qui est tout sauf naturel me répond qu’elle s’en remet à mon jugement. Ah lala, il nous en faut peu pour nous comprendre. Pas besoin de mots compliqués pour communiquer!

Le thaïlandais nous invite alors à monter dans un taxi avec lui pour nous conduire dans le quartier de Khao San. On enfourne nos bagages par la porte arrière suivis de nos magnifiques corps dégoulinants de sueur – parce que oui, j’ai oublié de préciser qu’il fait un bon 35 degrés – pour se retrouver dans un habitacle climatise. Et rien que pour ça, on est prêt à se faire arnaquer. On a beau vouloir se la jouer warrior, faut pas trop en demander pour le premier jour.

Bref, nous voici donc en route et on en profite pour découvrir une petite partie de Bangkok, que nous avions déjà entraperçue pour y être passé deux ou trois fois. Et c’est avec plaisir que l’on retrouve cette fourmilière qui grouille littéralement de vie avec tous ses marchands ambulants proposant toute sorte de nourriture, ses petits marchés le long des trottoirs et ses touristes qui les arpentent, eux-mêmes harcelés par les conducteurs de tuk tuk qui, pour une poignée de bahts, s’escriment à vouloir les emmener sur le lieu de leur choix, ou pas… Les arnaques au tuk tuk sont monnaies courantes ici, mais j’en reparlerai plus tard. Car oui cher lecteur, rien que pour toi, nous avons expérimenté l’une d’elle!

Notre taxi s’arrête à l’angle de Chakrabong Road et de Khao San Road. Premier bon point, on est la où on nous a promis de nous emmener. Maintenant, le prix. Je commence à sortir mon portefeuille lorsque notre guide m’interrompt d’un geste et me fait signe que la course est pour lui. On lui sert alors un regard éberlué de merlan frit et le remercions chaudement avant de s’extirper de la fraicheur du taxi pour se retrouver dans l’enfer des klaxons et autres interpellations de nos amis les tuk tuk, le tout saupoudré d’odeurs de nourriture et d’aromates dont je raffole.

- Amandine, tu as l’adresse exacte du Flapping Duck – la guesthouse où nous devons séjourner -
- Bah nan, tu devais la choper sur internet quand on était à l’aéroport. Tu l’as pas fait?!
- J’ai pas réussi à me connecter au wifi…
- Ah… On fait quoi alors?
- T’inquiètes, je gère. Y’a des cyber café partout en Thaïlande. Je vais nous trouver ça en un rien de temps!

Je me lance donc dans la recherche d’un café internet en demandant aux divers badots et commerçants que je croise. Je vais vous passer les détails, mais en une heure de temps on nous a indiqué une dizaine de directions différentes, proposé trois costumes taillés sur mesure, un repas végétarien dans un super restaurant et un peepshow… Mais de cyber, nous n’en avons pas vu la moindre petite enseigne.
On nous a finalement conseillé d’aller voir une office de tourisme qui a pu nous renseigner sur l’objet de notre quête. Car oui, à cet instant précis, le Flapping Duck prenait symbole de Graal. Un Éden où nous pourrions enfin poser nos sacs et prendre une bonne douche. Comme le dit notre maitre à penser Balou : « Il en faut peu pour être heureux! ».

Nous voici donc repartis pour deux bons kilomètres de marche avant d’arriver au lieu indiqué par l’office du tourisme. Tout heureux d’accéder enfin à la délivrance, nous nous enfonçons dans la ruelle abritant notre guesthouse pour… ne pas la trouver… On refait le chemin en sens inverse au cas où nous l’aurions loupé, mais rien… Nous prenons une rue parallèle, pour peu que l’on se soit trompé. Toujours rien… Par contre on trouve un cyber café! Wouhou! Et en plus c’est pas cher : 10 bahts les 20 mins, ce qui correspond à environ 25 centimes d’euro. On trouve enfin notre adresse après moultes recherches et demandons au gérant si c’est loin d’ici. « C’est à 50 mètres » qu’il nous répond…
Cinq minutes après nous nous tenons enfin face au Flapping Duck. On peut presque le voir scintiller sous le soleil de midi bien que la façade du  bâtiment ne soit faite principalement que de bois .

- Bonjour, on a réservé une chambre pour deux. Celle à 250bhts avec ventilateur.
- Vous êtes Benjamin?
- Euh non. Moi c’est David.
- Donc vous n’êtes pas Benjamin?

Là tout de suite j’ai bien envie de lui sortir une réplique à la Bigard, mais je préfère m’abstenir et attendre la suite.

- Quand avez-vous réservé?
- Il y a près d’un mois, pourquoi?

Silence…

- Ah je vous ai retrouvé! Désolé, votre chambre est déjà louée.
- …
- Les locataires ont décidé de rester plus longtemps et je ne peux pas les mettre dehors vous comprenez?
- …
- Si vous voulez on a d’autres chambres, une à 300 avec lits superposés et une autre à 350 en lit double avec clim.

Avant de l’enjoindre à me montrer ces chambres, je calme Amandine qui rumine quelques noms d’animaux colorés dont elle souhaiterait affubler notre interlocuteur. Mais c’est la fatigue qui parle, car on sent bien tous les deux que le type semble être vraiment sympa et désolé de la situation.
Finalement nous prenons la chambre à 350, qui reste un prix très bon marché pour Bangkok.
On prend possession des lieux: activation de la clim, déballage des affaires et direction la douche qui finit de nous achever. On s’écroule sur le lit et on pique un roupillon tout l’après-midi afin d’être en forme le soir pour accueillir BenJ et son pote Jo qui viennent passer deux semaines en Thaïlande avant de filer pour l’Australie.

Moralité, plutôt que de prendre un taxi depuis l’aéroport et ne mettre qu’une heure pour arriver, nous avons mis quatre fois plus de temps sous un soleil de plomb. Nous sommes arrivés en sueur et complétement crevés. Et si c’était à refaire? Sans doute choisirions-nous le même chemin, ne serait-ce que pour rencontrer une nouvelle fois notre bon samaritain qui nous a offert le taxi et avec qui nous avons eu notre véritable premier échange avec la Thaïlande.