Author - Sweet

Une ballade à Bangkok !

« On fait quoi demain ? » me demande ma chère et tendre.
Je lui expose mon petit programme, à savoir : aller faire un tour à l’ambassade de France pour renouveler mon passeport – oui je me suis dit que l’administration en France c’était bien trop simple, donc autant la tester a l’étranger… – rendre visite à Seri, un tatoueur que l’on a rencontré la veille, et ensuite accompagner BenJ et Jo pour visiter les principaux lieux touristiques de Bangkok.

« Donc faut se lever super tôt pour faire tout ça ! ».
C’est vrai que dans l’idéal, le mieux serait de se mettre en branle vers huit heures du matin. On se fait l’ambassade pendant que BenJ et Jo émergent tranquillement, on enchaine par le tatoueur et on les rejoint pour manger vers midi. Sur le papier le plan est parfait !

Le lendemain matin, j’ouvre la porte de notre chambre suite au réveil brutal provoqué par un « toc toc » contre celle-ci. Au travers de mes paupières encore à moitié collées, je distingue une vague silhouette orange dans la clarté éblouissante du jour, surmontée d’une impressionnante touffe de cheveux.

–          Vous bougez avec nous ou pas ?

Je réponds d’un « hein ? » très vite interrompu par un bâillement sonore.

–          On va prendre un p’tit dej et ensuite on va se balader. On vous attend ?

–          BenJ ?

–          Oui…

–          Merde ! Mais il est quelle heure-là ?!

–          Euh dix heures passées

–          Et meeeerde ! Amandine ?!!!

–          Hmmm ?

–          On se bouge ! On s’est foiré sur le réveil !

–          Ah meeeerde !

Petit sourire en coin de BenJ. « On se rejoint en bas dès que vous êtes prêts » me dit-il avant de dévaler les marches qui mènent à notre chambre.
Je referme la porte des Enfers sur moi et on active le mode « tornade » pour se préparer. On est rapidement sur les starting block, près au départ, vêtus de fringues complètement froissées et les cheveux en bataille. Vous noterez que le mode « tornade » n’a pas que du bon !

Je reviens rapidement sur cette « porte des Enfers » car j’ai complétement oublié de vous préciser dans le billet précédent que notre chambre est une petite pièce toute simple de 2m50 sur 2m, dont le plafond est orné d’une espèce de vieille tapisserie en corolle, retenue en son centre par un lustre qui diffuse une lumière rouge digne d’un bon film d’horreur, ou de cul, ou les deux… Pour ce qui est de la clim, heureusement qu’il y en a une car on étouffe littéralement lorsque celle-ci n’est pas enclenchée, ce qui se produit inévitablement lorsque nous allons nous coucher. Ce serait quand même couillon de tomber malade dès les premiers jours ! Le sommeil n’est donc pas des meilleurs, mais on s’en accommode. Zeeeeen ! Et ce n’est pas une joyeuse fêtarde venue soulager son estomac devant notre fenêtre au beau milieu de la nuit, et qui n’est donc plus si joyeuse que ça, qui va pouvoir gâcher notre séjour au Flapping Duck !

Bref ! Ce petit interlude terminé, revenons à notre histoire principale : une balade à Bangkok !
On rejoint donc nos deux compères sur Khao San Rd, un peu plus tard que prévu. A croire que le décalage horaire et le manque de sommeil nous ont inscrits dans un espace-temps totalement différent du leur ! A notre arrivée nous les surprenons en pleine discussion avec un chauffeur de tuk tuk qui semble leur vanter les mérites d’un tour extraordinaire.

–          20bahts chacun qu’il demande le monsieur pour nous conduire sur 5 des principaux lieux touristiques de Bangkok.

–          Ça m’parait vraiment pas beaucoup ça BenJ, y’a hippopotame sous caillou, comme dirait Cleo. Tu ne crois pas ?

–          Ouais c’est sûr, mais bon, pour 20bahts on peut toujours tenter…

–          Ok mais à mon avis on va devoir payer une fois arrivé sur les sites !

–          Nan nan, apparemment c’est Buddha Day aujourd’hui et tous les temples sont gratuits.

–          Ah… humm… Bon. Eh bien allons-y alors !

Nous voici donc répartis dans deux tuk tuk différents, deux personnes seulement pouvant s’installer à l’intérieur. BenJ et Jo dans l’un, Amandine et moi-même dans un autre. Au programme : visite du Wat Inthawarihan avec son Bouddha debout, suivi d’un autre temple dont j’ai oublié le nom – faut dire qu’il y en a beaucoup ici – puis le Wat Pho et son célèbre Bouddha couché. La visite se poursuivra par la découverte du temple de l’Aube, le Wat Arun, pour finir sur les klongs et leur marché flottant.

Mais avant toute chose, on a faim ! Eh oui, ça creuse de dormir ! Première étape donc : un petit boui boui où manger un bon pad thaï pas cher.

Nos instructions données aux chauffeurs, on se faufile au travers de la dense circulation de Bangkok et nous arrêtons une dizaine de minutes plus tard devant… un restaurant avec une belle devanture en bois, dans une petite ruelle plutôt calme. Au menu : des plats plus alléchants les uns que les autres, mais dont les prix le sont beaucoup moins…
On explique de nouveau aux chauffeurs notre désir de manger dans un petit boui boui, et c’est non sans mécontentement de leur part que nous voici reparti, filant à tout berzingue dans les méandres de la circulation au doux son du klaxon de notre tuk tuk. Finalement ils nous posent devant le Wat Inthawarihan, entouré de marchands ambulants au milieu desquels on trouve quelques tables pour s’installer et manger un délicieux pad thaï pour une quarantaine de bahts.

On pénètre ensuite dans le temple pour découvrir un Bouddha debout d’une hauteur de trente-deux mètres sur dix de large, recouvert de mosaïques et d’or 24 carats. Bon, mise à part ça, pas grand-chose d’autre à voir et il est temps de retrouver nos tuk tuk pour mettre les voiles et faire cap vers notre second temple. Et c’est là que ça commence. L’arnaque se met doucement en place. On la sent venir, mais elle nous semble tellement douce qu’on se laisse bercer et que nous l’acceptons tout naturellement.

Et voici en quoi elle consiste : les chauffeurs souhaitent faire un détour par l’office de tourisme. Nous n’avons rien à acheter, il nous suffit juste d’entrer à l’intérieur, de discuter cinq minutes avec les gars et de repartir, tout simplement. Cette astuce leur permettant de recevoir de l’essence gratuite.
C’est ainsi que l’on se retrouve quelques instants plus tard devant un petit vieux qui nous parle de football et autres choses auxquelles on ne comprend pas tout, avant d’être face à un autre interlocuteur a qui nous parlons de notre désir de nous rendre à Chiang Mai. On est à fond dans notre rôle et on s’y tient ! Il essaie bien entendu de nous vendre des billets de bus, mais nous déclinons poliment prétextant que nous reviendrons plus tard lorsque nous serons décidés. L’échange n’aura pas duré plus de dix minutes et nous nous retrouvons de nouveau en compagnie de nos chauffeurs qui nous réserve une nouvelle surprise…

–          On est deux tuk tuk. L’office du tourisme, c’était pour aider votre chauffeur, mais maintenant il faut m’aider.

–          Ah…

–          C’est pas loin, juste une visite chez un tailleur pour avoir mon essence gratuite.

–          Ah…

–          Vous n’avez rien besoin d’acheter !

–          Ah… Bah tant mieux, car on n’a pas vraiment la tronche à porter des costumes… – même si je dois avouer que l’on aurait trop la classe !

Et c’est ainsi que nous faisons une nouvelle entorse à notre programme et acceptons de nous laisser mener chez ce tailleur.
Nous pénétrons à quatre de front dans le magasin. Autant vous dire qu’on aurait pu avoir la classe comme dans Armageddon, le film avec Bruce Willis, si nous ne ressemblions pas à des plagistes du dimanche en short et tongues de toutes les couleurs ! Et à vrai dire, on fait même un peu tache dans ce lieu où tout le monde est tire à quatre épingles. Mais bon, on s’en fout, on est des touristes non ? Et les vendeurs aussi n’en ont cure, puisque seule la couleur de notre argent les intéresse, et non celles dont nous sommes affubles… Les voilà donc qui s’empressent de venir à notre rencontre, telles des fourmis à l’assaut d’un morceau de sucre – je préfère cette métaphore a celle de la merde et ses mouches, par respect pour notre petite personne. Ils sont déjà en train de sortir mètre ruban et tissus pour prendre nos mesures, qu’Amandine, ma chère et tendre, met le holà et joue la franchise après un énième « No check ! Just buy ! »:

« Bon écoutez, concrètement on éprouve aucun intérêt à être ici, on rend juste service à notre chauffeur de tuk tuk pour qu’il ait son essence gratuite »

Autant vous dire que cela n’a pas vraiment plu à l’un de nos vendeurs, qui s’est de suite énervé et a braqué deux de ses doigts sur le front d’Amandine et lui a répondu d’un :

« De toute façon c’est pas comme si je te braquais avec un flingue en te demandant d’acheter hein ?! »

Bon alors là, bizarrement, l’atmosphère s’est faite un peu plus froide et on s’est dit qu’il était peut-être temps d’y aller. Mais on a voulu se la jouer un peu branleur, donc on a bien pris notre temps pour visiter un peu plus la boutique, en se dirigeant d’un pas nonchalant vers la sortie.

Une fois de retour dans la moiteur extérieure, nous expliquons à nos chauffeurs que maintenant c’en est fini de leurs conneries et que l’on veut faire la suite de ce pour quoi nous n’avons pas encore payé ! Bien évidemment on y met plus de formes et de sourires, mais notre message est passé.
Nous voici donc une fois de plus en train de naviguer dans le flot de la circulation qui se fait plus dense à mesure que l’après-midi s’étire. Mais cela ne dérange pas trop notre chauffeur qui fait fi de tout code de la route et préfère rouler sur l’autre voie, celle où il y a moins de monde, mais surtout celle où la circulation se fait à l’inverse !
On se retrouve peu de temps après devant un temple qui ne paye pas de mine mais dont les jardins nous offre une quiétude bien méritée.

–          20 bahts s’il vous plait !

–          Hein ? Mais ce n’est pas Buddha Day aujourd’hui ? On nous a dit que c’était gratuit…

–          Hein ? Ha non non, c’est 20 bahts par personne.

Notre interlocuteur ne sourit même pas, tant il doit avoir l’habitude de ces étrangers qui se font arnaquer…
Nous nous acquittons donc de notre dû, faisons le tour de proprio, et direction la sortie pour reprendre le cours du programme.

–          Euh… Ils sont où les tuk tuk ?

–          Je sais pas, ils nous attendaient de ce côté il me semble, me répond BenJ.

–          Humm… non plus, j’crois qu’on l’a dans l’os les p’tits loups !

–          Vous cherchez quelqu’un ?

–          Bonjour Monsieur ! Oui, nos chauffeurs devraient se trouver là où nous nous tenons, mais j’ai beau lever les pieds je ne vois rien…

Il éclate de rire, non à cause de ma blague, mais plutôt en réponse au tour que nous ont joué nos chauffeurs. Il nous explique alors que nous venons d’être victime d’une arnaque plutôt commune à Bangkok et nous demande combien on a déboursé pour se retrouver planté là comme des couillons. On lui répond que cela ne nous a pas couté un baht puisque nous avions convenu de ne payer qu’à la fin du tour, hormis le temple que nous venons de visiter bien sûr, mais à priori ce n’est pas de l’argent qui se retrouvera dans leur poche !
Notre interlocuteur, qui ne perd pas le nord, nous propose alors de nous emmener au Wat Pho moyennant 20 bahts chacun, et sans passer par la case arnaque. Nous lui faisons donc confiance et il nous dépose effectivement devant le temple du Bouddha couché une quinzaine de minutes plus tard.

On terminera notre journée par des petites visites à notre rythme et en ne prenant que les transports en commun tel le bateau bus, dont l’un des arrêts se trouve non loin de notre guesthouse, ou bien nous compterons sur nos jambes seulement qui, elles, ne nous demandent rien en échange. A part un petit massage peut-être ;)

Chiang Mai

Bangkok

Ca y’est :D

Lundi 8 septembre, 11h, décollage immédiat!

J’ai toujours une appréhension grandissante à mesure que l’avion prend de la vitesse pour décoller. Toutes sortes de pensées macabres fusent au travers de ma petite tête, provoquant sueurs froides et boule au creux de l’estomac. Je pense que c’est surtout la perte de contrôle qui me met dans cet état. Faire face à une situation imprévue et en attendre la finalité dans une totale impuissance…
Mais cette fois-ci que nenni mesdames et messieurs! Le but de ce voyage est de justement lâcher prise, de se dépêtrer de ce carcan qui nous étouffe tant!
Ce fut donc un vol impeccable, et même les turbulences, ou encore les pleurs d’un petit bout de chou, n’ont pu entamer ma zen attitude.
Mention spéciale aux employés de l’aéroport de Doha, où nous avons fait escale, pour leur gentillesse.

13h30 le lendemain. Ça y’est! On est dans la place! Enfin! On en aurait presque une petite larme a l’œil, mais c’est le sourire béat qui prévaut à cet instant précis. Car même si on ne se rend pas vraiment compte encore de l’aventure qui nous attend, on est heureux de la vivre. Et ça commence par chercher un moyen de se rendre à notre guesthouse où nous devons passer la nuit, dans le quartier de Khao San Road, en plein cœur de Bangkok.

– T’es crevée? Tu veux qu’on prenne un taxi?
– Nan nan, ca va. Et toi? T’es crevé? On peut peut-être prendre un bus?
– Hmmm…

Nous voici donc confronté au premier problème du « lâcher prise » : l’indécision. Que faire? Comment le faire? Etc. Autant de questions qui semblent n’avoir aucune réponse… Bon allé, décision : on prend le métro et ensuite on marchera jusqu’à la guesthouse.
On descend donc à la station Phaya Thai, qui selon notre plan ne semble pas si loin du lieu où l’on doit se rendre, et on entame notre marche. Mais, boulet que je suis, je n’ai pas pris la peine de jeter un œil à l’échelle du plan… Après une heure de marche en plein cœur de la pollution – qui n’a strictement rien à voir avec celle que l’on peut rencontrer sur Paris tant c’est irrespirable – et nos 12kg sur le dos, on fini par se dire que cette petite marche n’était peut-être pas une si bonne idée que ça.

– Rien à foutre! On est des warriors et c’est notre premier défi!
– Mais euh t’es sure de ton coup Amandine? On est encore loin là, tu veux vraiment te taper toute cette route a pieds?
– Un peu qu’je veux! Allé zou, avance!

Je ne me le fais pas dire deux fois et me remets illico presto en route, non sans lui avoir proposé de la décharger d’au moins un de ses deux sacs. Mais le regard qu’elle me lance me fait vite comprendre que ce n’est même pas la peine d’insister… Pfiouuuu c’te femme, j’vous jure, une vraie teigne!
Histoire de vérifier qu’on est bien dans la bonne direction, je demande mon chemin à un thaïlandais qui attendait son bus. Il parle aussi bien l’anglais que moi le thaï. En conséquence l’échange est plutôt folklorique et je crois comprendre qu’il me conseille d’aller voir le poste police un peu plus loin. Nous le remercions dans sa langue avec un bon accent parisien et reprenons notre route.
A défaut de police, on tombe sur la caserne des pompiers. On ne se comprend pas mieux et on s’apprête donc à les remercier tout en s’éloignant lorsque surgit de derrière nous la personne qui nous avait conseillé de demander notre chemin au poste de police. On assiste alors à des échanges de rires et sourires entendus qui nous laissent perplexe. Les pompiers nous enjoignent ensuite à suivre ce monsieur.
« Serait-on en train de se faire arnaquer? » me demande le regard d’Amandine. Je lui réponds d’un pet de bouche, lui signifiant que je n’en ai aucune idée et que l’on verra bien. Son petit sourire qui est tout sauf naturel me répond qu’elle s’en remet à mon jugement. Ah lala, il nous en faut peu pour nous comprendre. Pas besoin de mots compliqués pour communiquer!

Le thaïlandais nous invite alors à monter dans un taxi avec lui pour nous conduire dans le quartier de Khao San. On enfourne nos bagages par la porte arrière suivis de nos magnifiques corps dégoulinants de sueur – parce que oui, j’ai oublié de préciser qu’il fait un bon 35 degrés – pour se retrouver dans un habitacle climatise. Et rien que pour ça, on est prêt à se faire arnaquer. On a beau vouloir se la jouer warrior, faut pas trop en demander pour le premier jour.

Bref, nous voici donc en route et on en profite pour découvrir une petite partie de Bangkok, que nous avions déjà entraperçue pour y être passé deux ou trois fois. Et c’est avec plaisir que l’on retrouve cette fourmilière qui grouille littéralement de vie avec tous ses marchands ambulants proposant toute sorte de nourriture, ses petits marchés le long des trottoirs et ses touristes qui les arpentent, eux-mêmes harcelés par les conducteurs de tuk tuk qui, pour une poignée de bahts, s’escriment à vouloir les emmener sur le lieu de leur choix, ou pas… Les arnaques au tuk tuk sont monnaies courantes ici, mais j’en reparlerai plus tard. Car oui cher lecteur, rien que pour toi, nous avons expérimenté l’une d’elle!

Notre taxi s’arrête à l’angle de Chakrabong Road et de Khao San Road. Premier bon point, on est la où on nous a promis de nous emmener. Maintenant, le prix. Je commence à sortir mon portefeuille lorsque notre guide m’interrompt d’un geste et me fait signe que la course est pour lui. On lui sert alors un regard éberlué de merlan frit et le remercions chaudement avant de s’extirper de la fraicheur du taxi pour se retrouver dans l’enfer des klaxons et autres interpellations de nos amis les tuk tuk, le tout saupoudré d’odeurs de nourriture et d’aromates dont je raffole.

– Amandine, tu as l’adresse exacte du Flapping Duck – la guesthouse où nous devons séjourner –
– Bah nan, tu devais la choper sur internet quand on était à l’aéroport. Tu l’as pas fait?!
– J’ai pas réussi à me connecter au wifi…
– Ah… On fait quoi alors?
– T’inquiètes, je gère. Y’a des cyber café partout en Thaïlande. Je vais nous trouver ça en un rien de temps!

Je me lance donc dans la recherche d’un café internet en demandant aux divers badots et commerçants que je croise. Je vais vous passer les détails, mais en une heure de temps on nous a indiqué une dizaine de directions différentes, proposé trois costumes taillés sur mesure, un repas végétarien dans un super restaurant et un peepshow… Mais de cyber, nous n’en avons pas vu la moindre petite enseigne.
On nous a finalement conseillé d’aller voir une office de tourisme qui a pu nous renseigner sur l’objet de notre quête. Car oui, à cet instant précis, le Flapping Duck prenait symbole de Graal. Un Éden où nous pourrions enfin poser nos sacs et prendre une bonne douche. Comme le dit notre maitre à penser Balou : « Il en faut peu pour être heureux! ».

Nous voici donc repartis pour deux bons kilomètres de marche avant d’arriver au lieu indiqué par l’office du tourisme. Tout heureux d’accéder enfin à la délivrance, nous nous enfonçons dans la ruelle abritant notre guesthouse pour… ne pas la trouver… On refait le chemin en sens inverse au cas où nous l’aurions loupé, mais rien… Nous prenons une rue parallèle, pour peu que l’on se soit trompé. Toujours rien… Par contre on trouve un cyber café! Wouhou! Et en plus c’est pas cher : 10 bahts les 20 mins, ce qui correspond à environ 25 centimes d’euro. On trouve enfin notre adresse après moultes recherches et demandons au gérant si c’est loin d’ici. « C’est à 50 mètres » qu’il nous répond…
Cinq minutes après nous nous tenons enfin face au Flapping Duck. On peut presque le voir scintiller sous le soleil de midi bien que la façade du  bâtiment ne soit faite principalement que de bois .

– Bonjour, on a réservé une chambre pour deux. Celle à 250bhts avec ventilateur.
– Vous êtes Benjamin?
– Euh non. Moi c’est David.
– Donc vous n’êtes pas Benjamin?

Là tout de suite j’ai bien envie de lui sortir une réplique à la Bigard, mais je préfère m’abstenir et attendre la suite.

– Quand avez-vous réservé?
– Il y a près d’un mois, pourquoi?

Silence…

– Ah je vous ai retrouvé! Désolé, votre chambre est déjà louée.
– …
– Les locataires ont décidé de rester plus longtemps et je ne peux pas les mettre dehors vous comprenez?
– …
– Si vous voulez on a d’autres chambres, une à 300 avec lits superposés et une autre à 350 en lit double avec clim.

Avant de l’enjoindre à me montrer ces chambres, je calme Amandine qui rumine quelques noms d’animaux colorés dont elle souhaiterait affubler notre interlocuteur. Mais c’est la fatigue qui parle, car on sent bien tous les deux que le type semble être vraiment sympa et désolé de la situation.
Finalement nous prenons la chambre à 350, qui reste un prix très bon marché pour Bangkok.
On prend possession des lieux: activation de la clim, déballage des affaires et direction la douche qui finit de nous achever. On s’écroule sur le lit et on pique un roupillon tout l’après-midi afin d’être en forme le soir pour accueillir BenJ et son pote Jo qui viennent passer deux semaines en Thaïlande avant de filer pour l’Australie.

Moralité, plutôt que de prendre un taxi depuis l’aéroport et ne mettre qu’une heure pour arriver, nous avons mis quatre fois plus de temps sous un soleil de plomb. Nous sommes arrivés en sueur et complétement crevés. Et si c’était à refaire? Sans doute choisirions-nous le même chemin, ne serait-ce que pour rencontrer une nouvelle fois notre bon samaritain qui nous a offert le taxi et avec qui nous avons eu notre véritable premier échange avec la Thaïlande.

 

Bientôt !

Décollage dans une semaine maintenant, direction la Thaïlande! Retour prévu en mars 2015, mais on évite d’y penser pour le moment.
Pour l’instant, la tension monte de plus en plus. Comme à mon habitude, rien n’est encore prêt, à part les billets et le visa bien sûr, et ça c’était pas gagné. Avec Amandine on s’est cru dans un mauvais remake des douze travaux d’Astérix :

Mardi 12 août – Réveil à 7h pour être parmi les premiers à l’ambassade. Arrivés sur place on saute presque de joie en voyant qu’on est les premiers – je vous l’accorde, on saute de joie pour pas grand chose, mais ne dit-on pas que ce sont les petits riens qui font un grand tout? – Bref, c’était sans compter sur l’anniversaire de la reine qui tombait pile poil ce jour-là. On vérifie quand même en poussant deux ou trois fois sur la lourde porte de l’ambassade, mais non, c’est bel et bien fermé. Pas grave, on a mal calculé notre coup et ce n’est que partie remise.

Mercredi 13 août – Bon déjà on part mal avec le chiffre 13, même si on est pas vraiment superstitieux. Cette fois-ci c’est ouvert mais on est pas les premiers. On prend notre petit ticket et pas loin de deux heures plus tard c’est enfin à notre tour.

Nous nous retrouvons devant un jeune thaïlandais au visage un peu fermé mais qui semble tout de même être un type sympa.
Je lui sers mon plus beau sourire et lui donne du « Bonjour Monsieur, c’est pour faire notre visa et voici tous les papiers demandés« . Notre interlocuteur ne semble pas réagir à ma tentative de charme et commence à étudier les divers éléments du dossier, à savoir : nos relevés de compte bancaire, passeports, fiches de renseignements, billets d’avions et … nos billets d’avion. Il bloque un instant, nous regarde, regarde nos billets d’avion, reporte son regard sur nous. Alors nous, on le regarde, on regarde nos billets d’avion, on reporte notre regard sur lui, non sans sentir une petite goutte de sueur perler au creux des omoplates.

– Hmmm y’a quelque chose qui ne va pas? je lui demande, sans me départir de mon sourire qui semble plus figé que naturel.
– Ça va pas vos billets là.
– Pardon? Comme ça ça ne va pas?

Je regarde Amandine du coin de l’œil et je sens qu’elle commence à se décomposer. Son sourire disparaît instantanément, sa mâchoire se crispe et son regard de tueuse fait surface. J’ai plutôt intérêt à la jouer fine si je ne veux pas la voir exploser la vitre qui nous sépare du jeune thaïlandais.

– Ah bon? Mais je ne comprends pas, on a bien notre billet d’entrée et de sortie du territoire, comme indiqué sur votre site internet. Donc je ne vois pas trop où est le problème?
– Il vous faut un billet stipulant que vous sortez du pays au bout de trois mois maximum et le votre là indique que vous quittez le territoire six mois plus tard.
– Euh…. Mais on ne sait pas encore où on va aller, ni quel autre pays limitrophe on va visiter pendant ces six mois. C’est juste que la Thaïlande sera notre point de chute.
– Il vous faut un billet stipulant que vous sortez du pays au bout de trois mois maximum…
– Oui oui je comprends bien, mais…
– Il vous faut un billet stipulant que vous sortez du pays au bout de trois mois maximum…

Bon c’est le moment de couper court à cette conversation et de partir car Amandine a déjà commencer d’entamer le bois sous la vitre qui nous sépare de notre interlocuteur. Une vraie Wolverine!
On sort en ronchonnant et en se disant qu’on s’y attendait, même si concrètement on avait pas prévu ça…
Bref, on se console avec un bo bun, et je file sur le net pour nous trouver un billet pas cher pour le Cambodge.

Jeudi 14 août – On retourne à l’ambassade avec tous les papiers demandés en poche. On patiente une petite heure et nous revoici devant notre jeune thaïlandais de la veille. Petit sourire en coin, il nous reconnait, s’empare de notre dossier et regarde de suite les billets d’avion. Ce coup-ci on a tout bon, enfin … presque …

– Les billets là, c’est pas bon…
– Comment ça les billets ne sont pas bons? Vous nous avez dit hier que vous vouliez la preuve que l’on quitte le territoire thaïlandais au bout de trois mois maximum. Les billets stipulent que l’on quitte le pays au bout de 83 jours, donc c’est bon non?
– Non non, c’est pas bon, vous m’avez mal compris. Les billets pour le Cambodge là, c’est bien, mais c’est marqué que vous revenez en Thaïlande 15 jours plus tard.
– Euh … Bah … oui, c’est le but.
– Oui oui, j’ai bien compris, mais vous ne devez pas le montrer car sinon on peut refuser votre visa…
– Quoi?!!! Mais, euh…. Mais ….
Oui, vous noterez qu’à ce stade je n’ai plus beaucoup de conversation et je vous passe l’état d’Amandine. La veille elle ressemblait à Wolverine et je vous laisse donc faire appel à votre imagination pour vous la représenter à ce moment là. Enfin ne débordez pas trop d’imagination non plus, hein.

– Bon, donc je fais quoi?
– Ce que vous voulez, mais ne doit apparaître que votre arrivée sur le territoire thaïlandais et votre départ pour le Cambodge, c’est tout.
– Okay, bougez pas, je reviens!
En même temps j’vois pas trop où il pourrait aller, mais ça me donne l’impression de contrôler la situation.

Je colle Amandine dans un fauteuil et file en quatrième vitesse au boulot pour n’imprimer que des billets Aller. Je reviens une heure plus tard, épuisé, les poumons en feu et une tendinite au talon. La course à pieds et moi ça n’a jamais fait bon ménage…
On patiente de nouveau en attendant que ce soit notre tour et pendant ce temps là la pression monte…
Une vingtaine de minutes plus tard, on nous fait signe d’approcher au bureau des visas pour voir si notre dossier convient, ou pas…

Suspens…

– Tout est bon! Voici votre ticket de retrait. Vos visas seront près dans 3 jours.
Son sourire a du mal à s’installer sur son visage, mais il est quand même là, à saluer implicitement la réussite de notre périple administratif.

Ce coup-ci on sort de l’ambassade avec un sourire jusqu’aux oreilles!
« Y’a plus qu’à » maintenant, comme on dit.

travaux