Une ballade à Bangkok !

« On fait quoi demain ? » me demande ma chère et tendre.
Je lui expose mon petit programme, à savoir : aller faire un tour à l’ambassade de France pour renouveler mon passeport – oui je me suis dit que l’administration en France c’était bien trop simple, donc autant la tester a l’étranger… – rendre visite à Seri, un tatoueur que l’on a rencontré la veille, et ensuite accompagner BenJ et Jo pour visiter les principaux lieux touristiques de Bangkok.

« Donc faut se lever super tôt pour faire tout ça ! ».
C’est vrai que dans l’idéal, le mieux serait de se mettre en branle vers huit heures du matin. On se fait l’ambassade pendant que BenJ et Jo émergent tranquillement, on enchaine par le tatoueur et on les rejoint pour manger vers midi. Sur le papier le plan est parfait !

Le lendemain matin, j’ouvre la porte de notre chambre suite au réveil brutal provoqué par un « toc toc » contre celle-ci. Au travers de mes paupières encore à moitié collées, je distingue une vague silhouette orange dans la clarté éblouissante du jour, surmontée d’une impressionnante touffe de cheveux.

–          Vous bougez avec nous ou pas ?

Je réponds d’un « hein ? » très vite interrompu par un bâillement sonore.

–          On va prendre un p’tit dej et ensuite on va se balader. On vous attend ?

–          BenJ ?

–          Oui…

–          Merde ! Mais il est quelle heure-là ?!

–          Euh dix heures passées

–          Et meeeerde ! Amandine ?!!!

–          Hmmm ?

–          On se bouge ! On s’est foiré sur le réveil !

–          Ah meeeerde !

Petit sourire en coin de BenJ. « On se rejoint en bas dès que vous êtes prêts » me dit-il avant de dévaler les marches qui mènent à notre chambre.
Je referme la porte des Enfers sur moi et on active le mode « tornade » pour se préparer. On est rapidement sur les starting block, près au départ, vêtus de fringues complètement froissées et les cheveux en bataille. Vous noterez que le mode « tornade » n’a pas que du bon !

Je reviens rapidement sur cette « porte des Enfers » car j’ai complétement oublié de vous préciser dans le billet précédent que notre chambre est une petite pièce toute simple de 2m50 sur 2m, dont le plafond est orné d’une espèce de vieille tapisserie en corolle, retenue en son centre par un lustre qui diffuse une lumière rouge digne d’un bon film d’horreur, ou de cul, ou les deux… Pour ce qui est de la clim, heureusement qu’il y en a une car on étouffe littéralement lorsque celle-ci n’est pas enclenchée, ce qui se produit inévitablement lorsque nous allons nous coucher. Ce serait quand même couillon de tomber malade dès les premiers jours ! Le sommeil n’est donc pas des meilleurs, mais on s’en accommode. Zeeeeen ! Et ce n’est pas une joyeuse fêtarde venue soulager son estomac devant notre fenêtre au beau milieu de la nuit, et qui n’est donc plus si joyeuse que ça, qui va pouvoir gâcher notre séjour au Flapping Duck !

Bref ! Ce petit interlude terminé, revenons à notre histoire principale : une balade à Bangkok !
On rejoint donc nos deux compères sur Khao San Rd, un peu plus tard que prévu. A croire que le décalage horaire et le manque de sommeil nous ont inscrits dans un espace-temps totalement différent du leur ! A notre arrivée nous les surprenons en pleine discussion avec un chauffeur de tuk tuk qui semble leur vanter les mérites d’un tour extraordinaire.

–          20bahts chacun qu’il demande le monsieur pour nous conduire sur 5 des principaux lieux touristiques de Bangkok.

–          Ça m’parait vraiment pas beaucoup ça BenJ, y’a hippopotame sous caillou, comme dirait Cleo. Tu ne crois pas ?

–          Ouais c’est sûr, mais bon, pour 20bahts on peut toujours tenter…

–          Ok mais à mon avis on va devoir payer une fois arrivé sur les sites !

–          Nan nan, apparemment c’est Buddha Day aujourd’hui et tous les temples sont gratuits.

–          Ah… humm… Bon. Eh bien allons-y alors !

Nous voici donc répartis dans deux tuk tuk différents, deux personnes seulement pouvant s’installer à l’intérieur. BenJ et Jo dans l’un, Amandine et moi-même dans un autre. Au programme : visite du Wat Inthawarihan avec son Bouddha debout, suivi d’un autre temple dont j’ai oublié le nom – faut dire qu’il y en a beaucoup ici – puis le Wat Pho et son célèbre Bouddha couché. La visite se poursuivra par la découverte du temple de l’Aube, le Wat Arun, pour finir sur les klongs et leur marché flottant.

Mais avant toute chose, on a faim ! Eh oui, ça creuse de dormir ! Première étape donc : un petit boui boui où manger un bon pad thaï pas cher.

Nos instructions données aux chauffeurs, on se faufile au travers de la dense circulation de Bangkok et nous arrêtons une dizaine de minutes plus tard devant… un restaurant avec une belle devanture en bois, dans une petite ruelle plutôt calme. Au menu : des plats plus alléchants les uns que les autres, mais dont les prix le sont beaucoup moins…
On explique de nouveau aux chauffeurs notre désir de manger dans un petit boui boui, et c’est non sans mécontentement de leur part que nous voici reparti, filant à tout berzingue dans les méandres de la circulation au doux son du klaxon de notre tuk tuk. Finalement ils nous posent devant le Wat Inthawarihan, entouré de marchands ambulants au milieu desquels on trouve quelques tables pour s’installer et manger un délicieux pad thaï pour une quarantaine de bahts.

On pénètre ensuite dans le temple pour découvrir un Bouddha debout d’une hauteur de trente-deux mètres sur dix de large, recouvert de mosaïques et d’or 24 carats. Bon, mise à part ça, pas grand-chose d’autre à voir et il est temps de retrouver nos tuk tuk pour mettre les voiles et faire cap vers notre second temple. Et c’est là que ça commence. L’arnaque se met doucement en place. On la sent venir, mais elle nous semble tellement douce qu’on se laisse bercer et que nous l’acceptons tout naturellement.

Et voici en quoi elle consiste : les chauffeurs souhaitent faire un détour par l’office de tourisme. Nous n’avons rien à acheter, il nous suffit juste d’entrer à l’intérieur, de discuter cinq minutes avec les gars et de repartir, tout simplement. Cette astuce leur permettant de recevoir de l’essence gratuite.
C’est ainsi que l’on se retrouve quelques instants plus tard devant un petit vieux qui nous parle de football et autres choses auxquelles on ne comprend pas tout, avant d’être face à un autre interlocuteur a qui nous parlons de notre désir de nous rendre à Chiang Mai. On est à fond dans notre rôle et on s’y tient ! Il essaie bien entendu de nous vendre des billets de bus, mais nous déclinons poliment prétextant que nous reviendrons plus tard lorsque nous serons décidés. L’échange n’aura pas duré plus de dix minutes et nous nous retrouvons de nouveau en compagnie de nos chauffeurs qui nous réserve une nouvelle surprise…

–          On est deux tuk tuk. L’office du tourisme, c’était pour aider votre chauffeur, mais maintenant il faut m’aider.

–          Ah…

–          C’est pas loin, juste une visite chez un tailleur pour avoir mon essence gratuite.

–          Ah…

–          Vous n’avez rien besoin d’acheter !

–          Ah… Bah tant mieux, car on n’a pas vraiment la tronche à porter des costumes… – même si je dois avouer que l’on aurait trop la classe !

Et c’est ainsi que nous faisons une nouvelle entorse à notre programme et acceptons de nous laisser mener chez ce tailleur.
Nous pénétrons à quatre de front dans le magasin. Autant vous dire qu’on aurait pu avoir la classe comme dans Armageddon, le film avec Bruce Willis, si nous ne ressemblions pas à des plagistes du dimanche en short et tongues de toutes les couleurs ! Et à vrai dire, on fait même un peu tache dans ce lieu où tout le monde est tire à quatre épingles. Mais bon, on s’en fout, on est des touristes non ? Et les vendeurs aussi n’en ont cure, puisque seule la couleur de notre argent les intéresse, et non celles dont nous sommes affubles… Les voilà donc qui s’empressent de venir à notre rencontre, telles des fourmis à l’assaut d’un morceau de sucre – je préfère cette métaphore a celle de la merde et ses mouches, par respect pour notre petite personne. Ils sont déjà en train de sortir mètre ruban et tissus pour prendre nos mesures, qu’Amandine, ma chère et tendre, met le holà et joue la franchise après un énième « No check ! Just buy ! »:

« Bon écoutez, concrètement on éprouve aucun intérêt à être ici, on rend juste service à notre chauffeur de tuk tuk pour qu’il ait son essence gratuite »

Autant vous dire que cela n’a pas vraiment plu à l’un de nos vendeurs, qui s’est de suite énervé et a braqué deux de ses doigts sur le front d’Amandine et lui a répondu d’un :

« De toute façon c’est pas comme si je te braquais avec un flingue en te demandant d’acheter hein ?! »

Bon alors là, bizarrement, l’atmosphère s’est faite un peu plus froide et on s’est dit qu’il était peut-être temps d’y aller. Mais on a voulu se la jouer un peu branleur, donc on a bien pris notre temps pour visiter un peu plus la boutique, en se dirigeant d’un pas nonchalant vers la sortie.

Une fois de retour dans la moiteur extérieure, nous expliquons à nos chauffeurs que maintenant c’en est fini de leurs conneries et que l’on veut faire la suite de ce pour quoi nous n’avons pas encore payé ! Bien évidemment on y met plus de formes et de sourires, mais notre message est passé.
Nous voici donc une fois de plus en train de naviguer dans le flot de la circulation qui se fait plus dense à mesure que l’après-midi s’étire. Mais cela ne dérange pas trop notre chauffeur qui fait fi de tout code de la route et préfère rouler sur l’autre voie, celle où il y a moins de monde, mais surtout celle où la circulation se fait à l’inverse !
On se retrouve peu de temps après devant un temple qui ne paye pas de mine mais dont les jardins nous offre une quiétude bien méritée.

–          20 bahts s’il vous plait !

–          Hein ? Mais ce n’est pas Buddha Day aujourd’hui ? On nous a dit que c’était gratuit…

–          Hein ? Ha non non, c’est 20 bahts par personne.

Notre interlocuteur ne sourit même pas, tant il doit avoir l’habitude de ces étrangers qui se font arnaquer…
Nous nous acquittons donc de notre dû, faisons le tour de proprio, et direction la sortie pour reprendre le cours du programme.

–          Euh… Ils sont où les tuk tuk ?

–          Je sais pas, ils nous attendaient de ce côté il me semble, me répond BenJ.

–          Humm… non plus, j’crois qu’on l’a dans l’os les p’tits loups !

–          Vous cherchez quelqu’un ?

–          Bonjour Monsieur ! Oui, nos chauffeurs devraient se trouver là où nous nous tenons, mais j’ai beau lever les pieds je ne vois rien…

Il éclate de rire, non à cause de ma blague, mais plutôt en réponse au tour que nous ont joué nos chauffeurs. Il nous explique alors que nous venons d’être victime d’une arnaque plutôt commune à Bangkok et nous demande combien on a déboursé pour se retrouver planté là comme des couillons. On lui répond que cela ne nous a pas couté un baht puisque nous avions convenu de ne payer qu’à la fin du tour, hormis le temple que nous venons de visiter bien sûr, mais à priori ce n’est pas de l’argent qui se retrouvera dans leur poche !
Notre interlocuteur, qui ne perd pas le nord, nous propose alors de nous emmener au Wat Pho moyennant 20 bahts chacun, et sans passer par la case arnaque. Nous lui faisons donc confiance et il nous dépose effectivement devant le temple du Bouddha couché une quinzaine de minutes plus tard.

On terminera notre journée par des petites visites à notre rythme et en ne prenant que les transports en commun tel le bateau bus, dont l’un des arrêts se trouve non loin de notre guesthouse, ou bien nous compterons sur nos jambes seulement qui, elles, ne nous demandent rien en échange. A part un petit massage peut-être ;)

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