Une journée avec Seri

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Jeudi 11 septembre – oui oui, je sais, je ne suis pas vraiment régulier dans l’écriture des articles, mais qui peut nous en vouloir de préférer passer du temps dehors plutôt que derrière un écran ?

Ca y’est, BenJ et Jo nous ont quitté pour aller faire un petit tour dans les iles paradisiaques du sud de la Thaïlande avant de décoller pour l’Australie. C’est avec un petit pincement au cœur que je les regarde s’éloigner en taxi boat. J’en sortirai presque mon mouchoir tiens ! Enfin si j’en avais un.

Je quitte le ponton en longeant le fleuve Chao Praya et prends le chemin du Flapping Duck pour y rejoindre ma douce, en prenant le temps de flâner dans le parc qui jouxte notre guesthouse, où cours de cardio training côtoient répétitions de danse pour les uns, tai chi pour d’autres, ou encore parents profitant des derniers rayons de soleil pour laisser leurs enfants se défouler joyeusement à coups de cabrioles dans l’herbe rase. C’est la première fois que je me sens aussi serein et détendu dans un endroit bouillonnant d’activités.

Vingt heures passées. Petite soirée tranquille en prévision. Demain on n’oublie pas de se lever car c’est une journée importante pour Amandine : ses tous premiers pas dans le monde du tatouage ! Eh oui, car ma petite femme souhaiterait mettre son coup de crayon aguerri au service de votre peau mesdames et messieurs ! Mais dans un premier temps il faut en passer par un sérieux apprentissage du matériel, des règles d’hygiène, et des différentes techniques de tatouage. Et quoi de mieux qu’un véritable tatoueur pour vous apprendre tout ça ?
C’est pourquoi Seri, l’artiste tatoueur rencontré quelques jours plus tôt au Flapping Duck, nous a de lui-même proposé de nous montrer, si ce n’est la technique, tout au moins le matériel et les mesures hygiéniques à prendre pour faire de votre peau une véritable œuvre d’art, et non un nouveau lieu à la mode pour staphylocoques dorés et autres joyeusetés ! Car ceci est un rappel pour celles et ceux qui désirent un jour orner leur épiderme de motifs divers et variés : toujours faire attention à l’hygiène dont fait preuve le tatoueur et, par la suite, vous-même. Se faire encrer la peau n’est pas anodin et j’en ai souvent croisé ici des personnes qui, avec trois grammes dans le sang, se font tatouer tout et n’importe quoi dans des conditions plus ou moins douteuses, et qui le jour suivant se vautrent sur la plage, alternant bains de mer et de soleil…

Bref ! Nous voici donc le lendemain, onze heures, à attendre notre pote Seri en sirotant un shake à la carotte – une pure merveille d’ailleurs – et vu comme les minutes s’égrainent, on en déduit qu’il a dû bien bringuer la veille au soir et que l’on n’est pas prêt de le voir débarquer. Mais bon, on est mal placé pour le lui faire remarquer lorsqu’il arrive près d’une heure plus tard. Et, comme beaucoup de jeunes thaïlandais que nous rencontrons, il s’excuse de n’avoir pu se lever à l’heure pour cause de picole excessive et tardive.
Passées les diverses formules de politesse concernant nos nuits respectives, mais sans aller jusqu’à parler de notre caca du matin, nous nous mettons en route à la suite de Seri, qui sera notre guide pour la journée. Se joint à nous in extremis une jeune française, Kalvine, résidente du Flapping Duck pour une semaine environ, une routarde arrivant au terme de ses dix mois de voyage.

Notre aventure du jour débute par la traversée du quartier de Khao San en empruntant de petites ruelles couvertes et sombres, exemptes de touristes qui ne s’aventurent pas jusque-là tant boutiques et bars sont peu représentés. Le soleil est des plus ardent aujourd’hui et nous bénissons ces passages de nous protéger de l’insolation. Bénédiction devenant juron lorsque nous débouchons dans une rue en plein cagnard… Mais ne sommes-nous pas venus ici en partie pour faire le plein de vitamine D ? Alors on la ferme et on avance, en disant « merci Soleil pour ton bain quotidien ! », ou presque…

A peine en marge des rues touristiques, c’est dans un microcosme bouillonnant d’activités que nous débarquons. Entrepôts, grossistes, vendeurs de denrées alimentaires diverses et variées, tout ce petit monde s’active sous un soleil de plomb. La plupart des regards que nous surprenons semblent s’interroger de notre présence en ces lieux. Mais très vite ils se désintéressent de nous pour retourner à des occupations bien plus captivantes.
Quelques dizaines de mètres plus loin, Seri nous fait patienter devant une boutique fermée à double tour, en attendant que la gérante finisse de manger. Nous en profitons pour baver devant sa vitrine, derrière laquelle sont exposées plusieurs machines destinées au tatouage. Amandine retient difficilement son excitation lorsque la porte s’ouvre enfin et que l’on nous invite à entrer.
A l’intérieur, des étagères métalliques plaquées aux murs, sur lesquelles s’empilent des dizaines d’emballages en carton de différentes tailles, contenant fils électriques, pièces détachées, encres, capsules, etc. En somme, l’équipement du parfait petit tatoueur !

Très vite, Seri entre dans le vif du sujet en expliquant à la personne qui nous accueille le projet d’Amandine de devenir tatoueuse. Tout en parlant, il farfouille à droite, à gauche, à la recherche des premiers éléments constituant la future panoplie de ma p’tite femme. En partie du « made in china », certes, mais ça coute moins cher, à défaut de durer longtemps… Par contre, en ce qui concerne la machine elle-même, c’est une toute autre histoire ! On veut du solide !
Je les laisse à leur parlotte et tests divers concernant le matériel, et m’attarde sur ce qui m’entoure. J’ai les yeux qui brillent à la vue de toutes ces pièces détachées qui ornent les étagères, tel un gosse lâché dans un magasin de jouets, un érudit dans une librairie, un bricoleur dans une quincaillerie, une fashionista au Printemps – bien que ça je n’en ai jamais fait l’expérience. Bref, vous m’avez compris, je suis tout fou et je suis à deux doigts de me constituer également une panoplie lorsqu’Amandine repère mon petit manège et met rapidement le holà…

-          Repose la machine chéri…

-          Mais euh, ce serait trop cool que j’apprenne aussi, nan ?! Hein, dis ?!

-          Tu pourras utiliser la mienne si tu veux essayer

-          Ouais mais ce n’est pas pareil, tu comprends, c’est la tienne et je ne voudrais pas l’abimer

-          C’est vrai que je m’en prendrais bien une aussi – Kalvine intervenant pile poil au bon moment !

-          …

-          Seri ? Ça se prête une machine ?

-          Non, le réglage est en fonction du tatoueur, donc ça peut varier d’un artiste à l’autre.

Ha haha, je le kiffe ce Seri, il a beau m’avoir timidement répondu, dans un anglais néanmoins impeccable, c’est quand même en faveur de mes arguments pour me procurer un nouveau jouet !

-          Tu vois p’tit bout ?! Seri dit que c’est mieux de ne pas la prêter

-          Chéri… – et là j’ai droit au regard spécial : arrête de faire ton gamin – on coupe la poire en deux : on ne prend qu’une panoplie, tu testes, et si ça te plait on reviendra t’en acheter une. Ça te va ?

Bigre ! Elle m’a eue sur ce coup-là …

-          Humm ouais, bon, c’est vrai que ce n’est pas bête… On fait comme ça alors !

Et comme pour confirmer ses dires, je ne testerai sa machine que deux semaines plus tard, sans que ce soit une révélation pour moi…

Pas loin d’une bonne demie heure plus tard, nous quittons la boutique climatisée pour replonger dans la chaleur assommante du début d’après-midi, avec pour objectif de rejoindre un des principaux hôpitaux de Bangkok, celui-ci abritant le musée de l’anatomie.

-          Vous voulez manger avant d’y aller ?

-          Euh je ne sais pas Seri, on va y voir quoi exactement ?

-          Des trucs trop cools ! En gros y’a des gens découpés en lamelles, placées entre deux plaques de verre. Il y a aussi des écorchés conservés dans du formol, des squelettes, et même des fœtus dont on peut voir l’évolution de 1 à 6 mois !

-          Euh… Ça m’dit bien de manger après plutôt, hein… Vous en pensez quoi les autres ?

Amandine a la dalle, mais elle s’en fout un peu, elle a son nouveau jouet.
Kalvine, elle, tourne déjà à moitié de l’œil en écoutant Seri parler de toutes ces joyeusetés qui nous attendent. Visiter ce genre de musée après trois heures de sommeil, et une bonne gueule de bois, n’est pas selon elle la meilleure des idées… Mais elle se laisse rapidement persuader, non sans une moue un peu sceptique.
Et c’est comme ça qu’une petite heure plus tard, on se retrouve face à des vitrines qui au premier coup d’œil semblent ragoutantes, mais qui nous fascinent à mesure que nous les découvrons. Et même Kalvine, avec son mouchoir sur la bouche et ses relents, ne peut se contraindre à détourner le regard. Il y a de tout, de l’évolution du squelette humain au cours d’une vie, en passant par le système nerveux et veineux, jusqu’aux « freaks » conservés dans des bocaux de formols : de pauvres enfants siamois et/ou difformes.

-          On peut prendre des photos, Seri ?

-          Oui oui, pas de problème, vas-y.

-          Okay cool !

Je m’en donne donc à cœur joie, sans penser une seule seconde au fait que ce sont des cadavres derrière ces plaques de verre.
Je ne pense pas que ce soit de la fascination morbide ; je déteste par exemple m’arrêter pour voir dans quel état sont les victimes d’un accident, et suis encore moins attiré par la vidéo d’un pauvre homme se faisant décapiter… Mais si l’on veut parler de fascination, c’est en partie envers ce que nous sommes au final : simplement de la chair, des os et des signaux électriques. Et sur ce que l’on aspire presque tous à être : autre chose que juste ça… Mais en prendre conscience est une très bonne chose. Enfin, c’est mon avis.

-          Euh Seri ?

-          Oui ?

-          Le panneau là, c’est bien ce que je pense ?

-          Ah… Oui… Bon, bah range ton appareil photo alors…

On range tous les deux notre appareil photo et nous dirigeons vers la sortie avec un air de fautif, sans oublier de laisser quelques bahts dans la caisse des donations pour s’excuser de ne pas avoir respecté les consignes. Oups…

Le reste de la journée sera plus soft en continuant par un japonais afin de combler le trou béant qui s’est installé en place de notre estomac. Et nous finirons celle-ci au salon de tatouage de Seri, afin de dispenser un cours de base à notre future artiste tatoueuse. La machine est lancée !

 

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